Il se balance avant arrière.
Te m’accroupis main avance lui caresse tête.
Il passe. Sa petite tête passe à travers la caresse.

*

Plongeon psychique

 *

N. a vidé un tube de colle dans sa bouche. E. a dit : « C’est parce qu’il s’ennuie à l’école. »
Le croit-elle ? Son inconscient fuit. Son inconscient incontinent.
Qu’est-ce qu’elle entend ?
Comment elle l’entend, son fils ou la chaos-chose ?
La chose-chose.
N. a vidé un tube de colle dans sa bouche.
Ça bouche.
Ça bouchonne. C’est embouché. C’est bouché.
Elle l’a bouché en petites parcelles agitées, c’est l’état qui va avec ce qu’elle lui fait.
Elle le maintient « hors » de lui. Il est exproprié. Elle l’a exproprié.
Il veut bouche-bouche le trou qui fuit. Elle fuit de partout avec son inconscient.
Pour qu’elle ne rentre plus en lui ; boucher, boucher.

*

L’enfant grand huit.

*


Parfois, les fous, les pare-fous, les garde-boue. On en revient souvent au même point.

* 


La folie l’a presque englouti, il a lutté longtemps pour s’extraire, extraire le meilleur d’elle, de lui, caché-enseveli sous cette montagne de plein et de vide.

*





*

Une femme a chantonné dans le bus ce, ce ceci-ci, ce petit ceci.

Ici est ce lien
lien à peau
tendue tambour
la peau dedans
dedans le temps
vague à l’âme
peau dessus.

Ta peau
change de couleur
quand j’appuie dessus
vieille peau
petite peau
oripeau.

Cou
coup
coutume.
costume
posthume.

Ma langue maternelle
déclinaison de la violence des verbes.

Battre
Campagne et fils
À la volée.

Je m’exprime
car je me souviens
de quelques jolis mots.

mâchouille bâton bâton
masque masque deux visages ouverts ouverts
yeux dos dos
au loin œil cherche dix mètres
le genou tremble gratte gratte la peur
coup de bâton renversé
à genou lécher la tête-main

enlever salive
chut long chut
chut chut

stop-tête menton
elle noir mort

noir mort
temps rassure bas
bras prend main main prend caresse caresse
silence disparu

j’espère défait défaite bout des doigts au ciel
ainsi main guérie
je suis moi moi je suis moi mission
baluchon baluchon
je suis moi mission mission

une main sur le cœur une sur l’ombre
danse trompette
droite tête

à cheveux monstre sans corps deux
à genoux hausse épaule un
away la lumière zéro

*

 

*

Le temps est là où les choses se déroulent-dérobent.
J’ai beaucoup appris en écoutant.
La quête de l’écoute. De cette écoute juste. C’est-à-dire de cette déjà création.
La création, lieu d’inattendu où se surprendre, où déplier le monde.

*

Le mot juste, le temps juste.
Tu rayonnes de présent.
Tu es mon soleil radical.
Mon amour radical… je t’aime de tous mes présents, de mes mots et corps.

                                                                                                           Les mots-corps.

*

Tu es petit et je vois ton ombre de temps en temps.
Il déporte le paysage et flotte à quelques pensées de moi.
Des fois en se posant j’entends ton rire d’autrefois.
Tu as tous les âges à présent.
Finir de perdre ? Toi, tu as tout retrouvé !
Alors le silence contient toutes les couleurs de tes rires d’avant arcs-en-ciel.

Construis ton champ-champ, ton champ de vie, ton champ de foire, ton cirque, tricote ton bonnet de bouffon !

*

In memoriam Peti

Parti sans laisser d’adresse

À qui je m’adresse maintenant ?

Un vieil sms, j’y lisais : « je vi… ». J’avais mon doigt sur le « …ens » qui manquait pour lire le mot juste que tu avais écrit et ce verbe, j’aurais pu dire mot, n’était pas un message de là-haut, de je ne sais où où tu es, et qui dit : « je vis », mais, plus lointain ; un « je viens d’arriver »… un ancien message de quand tu étais encore en vie.

À ton adresse,

Avec l’affection,

des verbes vivre et arriver

PS : Ou bien était-ce « je viens de partir » ?
Que la mémoire nous joue.

*

*

Il est loin le sonore écho qui glissa loin le temps.

*

*

Ma bouche est restée muette.
Insoumise, elle s’est détachée comme un trou.
Comme pas mon trou à moi. Ma bouche.

Figée. Comme pas mon trou à moi ma bouche,
une étrangère. Un autre trou que moi.

*

*

Le train arrive en gare Paradis.
Sur les rails freinent les voyageurs.
L’appel est lancé. On réveille les endormis contre les fenêtres.
Contre les fenêtres-silence ! Silence on s’éblouit !

*

 

 

Le canard plonge doucement dans son ombre.

 

 

 

© Judit Kurtág. 
Ce p
oème a été mis en musique par György Kurtág. (première mondiale à la Scale de Milan 21 novembre 2019).  https://www.youtube.com/watch?v=Gtb7FkCBnvU

 

Glisser sur le temps et se casser la gueule.

Il est loin le sonore écho qui glissa loin le temps.